Qui se moque du peuple?

Bizarrement, le cas français de la loi travail n’est pas unique… Et pas si pour l’emploi que ça!

En Belgique, c’est la loi Peeters que ça s’appelle. Et il y a des analogies. Après le « tax shift », (Comprendre augmenter la TVA, payée par tous et dans un même temps réduire les charges des entreprises, ce qui réduit encore un peu la consommation des ménages tout en augmentant les marges possibles des actionnaires. Fair en somme :D), la loi Peeters cherche à promouvoir « l’innovation sociale » au droit du travail afin d’assouplir son organisation en le rendant « faisable et maniable ».
Si ça c’est pas de la bonne vieille novlangue en mode foutage de gueule!

45-h-en-belgique

Au menu, durée hebdomadaire moyenne du temps de travail annualisée, avec 9 heures par jour et 45 heures par semaines – au lieu de 38. Quasiment un jour de plus! Et pourquoi? Les boites gèreront mieux les impératifs de production (je demande à voir en quoi ça change? Ils embauchent déjà en intérim si besoin) mais aussi pour accorder « davantage de liberté aux salariés pour s’organiser en fonction de leurs désirs familiaux ». Paf, re-novlangue… Mais puisqu’on vous le dit! Travaillez plus et vous pourrez négocier plus facilement avec votre patron!
Cerise: un crédit de 100 heures sup (jusqu’à 360 en convention collective) non récupérable. Juste payable ou mis sur un compte de formation. Soit la possibilité de bosser 50h par semaine ou 11h par jour! C’est ça le capitalisme et la modernité!

La question est de savoir d’où viennent ces déformes (c’est bien un D)? Je vois mal le président Hollande se mettre à dos son électorat traditionnel à la veille d’élections… Ou peut être à vouloir rafler la mise centriste et centre droit.

Fran-ois-Hollande-010-448x276
Pour la France, un partie de la réponse est fournie par Guillaume Balas, député européen du groupe social démocrate:

La Loi El-Khomri répond à un certain nombre d’impératifs souhaités aujourd’hui par la Commission concernant la France en contrepartie d’assouplissements sur les questions budgétaires.

Et oui, si un état membre en procédure pour déficit excessif – comme la France – ne respecte pas les recommandations de la commission européenne, c’est 0,2% du PIB de pénalité.

Des recommandations ainsi plutôt obligatoires et retranscrites dans les Grandes Orientations de Politique Économique (dites GOPE) pondues par la direction générale des affaires économiques de la Commission européenne.

On trouve ainsi en 2012, année de la présidence hollandreou, l’injonction de «veiller à ce que l’évolution du salaire minimum favorise l’emploi, notamment des jeunes, et la compétitivité», un beau morceau de novlangue pour « il ne faut pas augmenter le SMIC » ou de «supprimer les restrictions injustifiées sur les professions et secteurs réglementés», cad les taxis, notaires etc. Voici la belle «loi Macron».

Histoire d’en rajouter une couche, les GOPE vont avec les Lignes Directrices pour l’Emploi (les LDE pour les fans de trigrammes), « recommandations » par pays pour la prévention et la correction des déséquilibres économiques – comprendre: faciliter la captation des richesses. Vous savez ce que contient celles de 2016?

«La décélération récente des salaires réels reste insuffisante» et la France affiche toujours des coûts salariaux parmi les plus élevés de la zone euro, principalement en raison «du niveau élevé des cotisations sociales patronales», ou que «les augmentations du SMIC induisent une compression des salaires vers le haut». En 2012, on avait pourtant demandé de ne pas augmenter le SMIC!

45576709

Du coup, en prévention et correction, il est recommandé de «maintenir les réduction du coût du travail découlant du CICE» – un beau cadeau fiscal, 6% de la masse salariale au salaire inférieur à 2.5 fois le SMIC, de limiter davantage «les rigidités du marché du travail» soit faciliter le licenciement en novlangue et de «faciliter, au niveau des entreprises, les dérogations aux dispositions juridiques générales, notamment en ce qui concerne l’organisation du temps de travail». Et voilà donc la fameuse loi El Khomri et son fameux article deux que le gouvernement ne veut pas lacher! Cette loi n’est pas pour lutter contre le chômage mais bien pour accroître le temps de travail des salariés, tout en rémunérant moins bien, dans certaines conditions, les heures supplémentaires.

Et tout ça pour plaire – ou céder au chantage? – à la commission européenne, organe non élu… car les GOPE et LDE ne passent pas par le parlement. C’est la commission qui gère, en les regroupant dans les lignes directrices intégrées – LDI quoi :p

La suite sera probablement:

96453237_o

Allo, Pujadas? Tu te bouges avec tes collègues pour informer les gens!?

Be Sociable, Share!